Quand on parle de quelque chose de moyenâgeux, en général, ce n’est pas flatteur, ni glorieux. Encore moins progressiste.  Surtout une abbesse ! Mais Hildegarde de Bingen dynamite nos préjugés. 

Moyenâgeuse, elle l’est. Ou plutôt, elle l’était. Cette Allemande est née près de Mayence en 1098, donc vraiment au coeur de ces âges qu’on considère comme très obscurs. Parce qu’assez peu glamours, finalement. Il est vrai que coincé entre l’Antiquité polythéiste des Egyptiens, Grecs, Romains et la Renaissance très brillante, la période médiévale n’est pas considérée comme la plus glorieuse et lumineuse de l’Europe. Mais Hildegarde est différente.

Alors oui, c’est une abbesse donc on ne s’attend pas à un truc glamour non plus quand on parle d’elle. Mais elle est quand même docteur de l’église catholique depuis que son compatriote Benoît XVI l’a proclamée comme telle en 2012. Certes, ce n’est pas ce qu’on peut appeler un chemin rapide. Mais Hildegarde est vraiment différente.

Sa liberté d’abbesse

Pourquoi sa liberté d’abbesse ? Parce qu’en ce temps-là, quand vous êtes née dans la noblesse, soit vous devenez une épouse et votre identité se fond dans celle de votre cher et tendre. Soit vous êtes une religieuse et votre mari céleste (toutes les religieuses chrétiennes « épousent » le Christ lors de leur prise de voile) est un peu moins… disons… présent.

Hildegarde de bingen abbesse perles pierres monts & merveilles
Notez les céréales dans sa main. Ça a son importance. Cela dit, non, le design le trahit : ce portrait n’est évidemment pas d’époque. Crédit photo : DR.

Hildegarde est attirée dès sa jeunesse par la vie religieuse car depuis l’enfance, la jeune fille ressent et expérimente des phénomènes mystiques. Dixième enfant sur douze, elle n’avait de toute façon pas beaucoup le choix. Elle entre donc au couvent dès huit ans et prend le voile entre 14 et 15 ans. Ce n’est que bien plus tard, devenue abbesse et quadragénaire, qu’elle entame sa vie littéraire et consigne tout son savoir. Son oeuvre est prolifique et variée.

Rendez-vous compte. Elle parle, dans le désordre, de théologie, de philosophie, de médecine, de lithothérapie, de physique, de botanique, de psychologie, de linguistique, de nutrition, de musique ! Elle est même précurseur du fameux homme de Vitruve de Léonard de Vinci. Et toutes ses théories se sont avérées authentiques.

Hildegarde meurt en 1179. Elle est béatifiée, déclarée bienheureuse – première étape vers la sainteté – dès 1244. Et puis ? Ben, ça coince. Elle n’est canonisée (donc reconnue sainte) qu’en 2012, soit quelque plus de 800 ans après sa mort. Que s’est-il donc passé ?

La modernité d’Hildegarde

Ses découvertes, car elle a évidemment fait de la recherche empirique, refont surface au XXe siècle, après ce long silence. De fait, le grand public ne la connaissait pas mais elle a toujours eu un noyau dur de supporters. Surtout dans son pays d’origine, on appliquait ses préceptes. Mais ce silence est dû à la modernité d’Hildegarde. En effet, son propos était trop complexe et surtout, on était incapable de le vérifier techniquement parlant. 

Hildegarde avait plus de 800 ans d’avance.

Elle touchait à tout, au corps, à l’âme, aux plantes, aux pierres, au cosmos… Sa position sur notre santé physique dépendait aussi de notre mental est toujours révolutionnaire de nos jours, alors qu’elle est juste évidente dans d’autres cultures (nous en reparlerons prochainement à l’occasion d’un ouvrage passionnant au sujet des peuples premiers).

À l’occasion de la sortie d’un nouvel ouvrage (et du déconfinement qui autorise les librairies à re-proposer leurs trésors), parler d’Hildegarde était évident. Précision : oui, c’est bien sûr en hommage à cette femme d’exception qu’une des fées du gynécée des Mystérieuses de Paris se prénomme Hildegarde. 

Les centres hildegardiens

L’oeuvre d’Hildegarde de Bingen est si variée et complexe que des centres spécialisés ont ouvert leurs portes. Sa pensée terriblement holistique et moderne est tellement riche que ces ouvertures ne sont guère étonnantes : un solide bagage est nécessaire pour aborder son oeuvre (12 livres quand même). Un peu d’aide et de spécialisation est préconisée. Il existe beaucoup de ces centres dans son Allemagne natale et dans le monde, évidemment en France. 

Celui qui nous occupe, dans le Morbihan, a ouvert il y a 14 ans sous la houlette de Mélody Molins. Et elle a sorti deux ouvrages coup sur coup pour rapprocher Hildegarde et ses préceptes du public. D’abord, elle a commis Hildegarde pour les débutants, sorti à la fin de l’été 2019. Il est chroniqué ici sur le site frère de Perles Pierres Monts & Merveilles, Tasty Life Magazine.

Le 20 mars 2020, le deuxième opus de la directrice est sorti : Hildegarde dans ma cuisine. Et quand la modernité d’Hildegarde, autour de l’an 1100, dit que le lait de vache n’est pas bon pour l’humain, on se frotte les yeux, n’est-ce pas ?

Une couverture sobre pour l’ouvrage plutôt pimpant à l’intérieur.

Hildegarde fait la cuisine

Alors pas de traces de pommes de terre, maïs ou autre tomates dans la cuisine d’Hildegarde : ça n’existait pas dans son monde à elle. Ces petites choses sympathiques ne sont découvertes que quand l’Amérique est découverte, le point de départ de la Renaissance plus de 300 ans après la mort d’Hildegarde (1492, comme le film). À noter : elle a quitté le monde des vivants à 81 ans. Ce qui est un très bel âge pour l’époque. Et on sait pourquoi : la « sapience » de l’abbesse l’a bien aidée. Et l’alimentation en fait évidemment partie.

Ce livre de cuisine est très didactique. Et c’est indispensable car il y a tout un tas de produits, notamment des épices, des céréales et certains légumes qui seront aussi d’authentiques découvertes ! Heureusement que la vogue de l’ancien est assez marquée dans les cuisines d’aujourd’hui. 

Une céréale indispensable dans l’univers culinaire de l’abbesse : l’épeautre. On peut en trouver assez facilement, y compris en marque distributeur dans la grande distribution. Attention cependant : l’épeautre d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier. On vous parle bien de grand épeautre non-hybridé (non croisé avec son proche cousin le blé). Pas du petit, beaucoup plus courant. Car il n’a pas les mêmes propriétés.

Cet épeautre-là est un véritable socle dans le système hildegardien car ses vertus sont très appréciables. Bourré de vitamines et de minéraux, il stimule la résistance à la fatigue et le système immunitaire, il est digeste, anti-allergique, anti-tumoral et il régule la glycémie. Bonus : il est sans gluten. Rien que dans cette description, combien d’enjeux de santé publique actuels sont résolus par cette céréale ancienne ?

« Un cuisinier vaut dix médecins », proverbe vosgien

Les aliments les plus courants sont répertoriés dès le début de l’ouvrage, avec la fréquence à laquelle il est préférable de les consommer, en fonction des recommandations de l’abbesse. Peut-être une révolution dans les placards et les frigos en vue. Toute la première partie est d’ailleurs un guide vers son système. Car oui, c’est bien d’un système qu’il convient de parler.

La deuxième partie est consacrée aux recettes (dont une offerte ci-dessous). L’autrice aime le simple, le savoureux et non, elle ne propose pas de mets moyenâgeux. Au contraire, là encore, la modernité est de mise avec sept catégories, de l’apéro au dessert.

La troisième partie relève le défi de parvenir à manger « Hildegarde » en toutes circonstances, du restaurant à la lunch-box du midi au travail, du pique-nique aux repas de fêtes. Même la liste de courses est prête. À savoir : il existe – heureusement ! – des magasins spécialisés dans « l’hildegardien ».

Pourquoi tout ça, d’ailleurs ? Parce que la cuisine d’Hildegarde vous gardera en pleine forme dans le corps et la tête, svelte et de bonne humeur. Tentant, non ?

En cadeau, une recette. Archi moderne. Cela dit, pour une nourriture locavore (pour des raisons évidentes), souvent bio, rassasiante et franchement alléchante (bravo à l’autrice), et pour prolonger les bonnes habitudes prises durant le confinement de cuisiner soi-même, ce livre est chaudement recommandé.

On reparle d’Hildegarde et de son héritage très bientôt.

recette burger epeautre hildegarde
À vous maintenant ! Au boulot ! Ah et les frites de panais, en saison, c’es juste divin. C’est pour août… Oups… Crédit photo : Perles Pierres Monts & Merveilles.


À suivre

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