Cassandre est là. Toujours aussi majestueuse. Avec ses cheveux couleur de miel tellement volumineux qu’ils constituent une couronne autour de son visage, ses yeux assortis, ses tâches de rousseur, ses ongles d’une taille démesurée, taillés et acérés comme les griffes d’un oiseau de proie… ou d’un félin. Ses cartes en main. Un magnifique tarot aux cartes dorées patinées par le temps et l’usage.

Siegfried n’a aucune envie de la voir. Mais il n’a pas le choix : son amie Aliénor a donné sa vie, trois de ses super copines ont failli y passer et combien de créatures de la forêt sont passées de vie à trépas ? Il doit affronter cette sorcière. Et vraiment, ce n’est pas une perspective agréable à ses yeux.

Le géant blond entre dans la boutique. « Viens me rejoindre, divin guerrier », sussure une voix rendue rauque par la multitude des plantes que fume la sorcière diseuse de bonne aventure. « Quel régal pour mes yeux de te voir. Et pour mes sens de te sentir ».

Sa boutique est un bric-à-brac secret où elle seule parvient à comprendre ce qu’elle contient réellement. Cependant, le Tout-Paris vient consulter Cassandre pour tout. Pour des affaires magiques ou pas, elle est très demandée. Ce qui lui permet de pratiquer des tarifs indécents pour ses consultations.

Mais son pouvoir est si patent, puissant et probant que ses consultants se moquent du bras qu’ils viennent de lui laisser car elle leur fait gagner tellement plus par ailleurs.

La boutique est sombre et biscornue, pleine de chausse-trappes. On y sent la térébenthine et d’autres essences indéfinissables. Des petites lumières reproduisant exactement les nuances des bougies sont disséminées ça et là, créant une ambiance totalement singulière et hors du temps. Siegfried n’aime vraiment pas cet endroit, loin de la lumière des fées.

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La Justice, au tarot, n’est pas parfaite. Un peu comme la vraie, hein ? Elle est un miroir, le nôtre : que voyons-nous ? (Remarquez la manucure féline de Cassandre !) Crédit photo : Beeboys/Adobe.

Cassandre l’attend, alanguie sur sa méridienne en velours couleur bronze, tirant vers le doré. Elle le fixe, sourit lentement et, soignant ses effets, vient le rejoindre à la table de lecture des tarots où il a pris place. Car non, il ne s’approchera pas de ce truc où elle se prélasse comme une Olympia. Enfin, elle n’est pas nue, c’est toujours ça de gagné.

« Ah, toujours aussi impatient. Pourquoi tu ne m’aimes pas, beau blond ? Nous pourrions faire de telles étincelles toi et moi ! », murmure-t-elle, à la limite du ronronnement, approchant son visage du sien. « Je ne suis pas là pour flirter, Cassandre. Nous avons besoin de toi », commence le guerrier.

« Nous ?! Encore ces fichues fées ? Ah, elles sont là à se pavaner, mais on a toujours besoin d’une sorcière de son côté, n’est-ce pas ?, dit-elle, quittant soudain ses manières félines de séduction. Alors, de quoi puis-je encore vous sauver, toi et tes copines ? »

« Je ne viens pas pour nous spécifiquement. C’est Brocéliande, son petit peuple et Viviane qui ont besoin de toi. Méduse les menace. Elle est actuellement à Paris. Nous devons la trouver », poursuit Siegfried. « Hep là, guerrier, moins vite. Qu’est-ce que tu me racontes ? Cette vermine est enfermée dans un bouclier ».

Siegfried lui raconte toute l’histoire, appuyant bien sur le danger qui guette la forêt enchantée. Le monde magique est ainsi fait que quand un sanctuaire comme Brocéliande s’affaiblit, ça a des conséquences pour chaque créature qui en fait partie. Y compris les sorcières.

« Ok, je vais t’aider. Parce que ça m’aide aussi, hein ? Puisque tu te refuses toujours à moi, mon joli. Je persiste, c’est une grave erreur. Mais bon, j’ai bien d’autres jouets à ma disposition. Voici un objet en lien direct avec cette vilaine créature ». Elle lui tend un pendentif.

« Avec ça, Morgane et Raphaëlle peuvent la débusquer n’importe où. Il ne faut briser ce pendentif sous aucun prétexte. Dedans, il y a la dent d’un des serpents qu’elle arbore en brushing. Ça demeure hyper venimeux donc même si l’ambre dans laquelle cette dent est prise est très solide, on ne sait jamais : il ne faut surtout pas la toucher. »

« Juste ce dont nous avions besoin. Merci Cassandre, merci infiniment. Qu’est-ce que je peux faire pour te remercier ? », demande un Siegfried peu fringuant.

« Comment ça ?! Ha ha ha, ta loyauté est admirable, mon géant préféré, mais ce que je veux, c’est te séduire. Autrement dit, ton consentement, mon Loulou. Je ne veux tes faveurs que si tu as envie de me les accorder. Pas sous la contrainte ni via la magie. Maintenant, trace ta route. Cette créature en liberté, c’est une bonne nouvelle pour personne ».

À suivre

Vers l’épisode 10

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