Ça en a démangé beaucoup et ça le fait toujours. Ce moment pour soi qu’est un voyage solitaire. Même pas loin, mais une évasion en solo pour la découverte. Du lieu, de soi. C’est le concept de la Voyageuse qui révolutionne ce secteur.

Partir avec son sac à dos découvrir des contrées inconnues. Christina Boixière l’a fait. Très tôt, elle quitte son pays natal Taiwan pour un tour d’Asie. Elle n’avait que 17 ans. À 20 ans, au prix d’un « petit » mensonge auprès de ses parents, elle entame un tour d’Europe qui va durer 3 mois. Continent où, contrairement à ce qu’elle avait dit à ses proches, elle ne connaissait personne.

« Je pratiquais le couch surfing, je ne savais pas où j’allais dormir le soir ». N’importe quel parent aurait eu des sueurs froides et des crises d’angoisse si sa fille avait fait pareil que Christina : débarquer dans un endroit inconnu chaque jour, demandant un hébergement de fortune sur place. C’est moins risqué quand on fait une émission de télé, quand on n’est pas seul… ou quand on est un garçon.

« Je trouvais que c’était la meilleure façon de découvrir un pays, une culture. Jusqu’à ce que de mauvaises choses arrivent. Une fois, puis deux. Et encore davantage. » La jeune femme, aujourd’hui basée à Bordeaux, constate sur place que souvent les personnes se décrivent ainsi que leur environnement de façon, disons, fantasmée.

C’est à ce moment que l’idée de créer une nouvelle façon de voyager germe dans l’esprit de cette aventurière. Mais d’abord, elle achève ses études, passe un MBA, travaille dans diverses entreprises pour accumuler de l’expérience. Cependant, elle voyage toujours. Et puis elle se lie avec un Français, qu’elle finit par épouser et suivre dans notre pays. Elle vit à Bordeaux depuis cinq ans mais la langue de Molière n’est toujours pas un automatisme : notre entretien a d’ailleurs été mené dans la langue de Shakespeare.

Christina Boixiere perles pierres monts et merveilles
Christina Boixière, la voyageuse en chef ! Crédit photo : document remis.

Après deux ans confortablement installée dans son CDI, la jeune femme se lance : c’est la création de la Voyageuse. C’était il y a trois ans et bien sûr, les Cassandre annonçant son échec n’ont pas manqué à l’appel. Un point commun cependant à l’écrasante majorité : les Cassandre en question étaient… des hommes.

Le principe de la Voyageuse n’est pas révolutionnaire. Pourtant, il change tout. Il s’agit pour les clientes de profiter de leur voyage, avec un point de chute défini largement en amont. Mieux, elles sont accueillies par des hôtesses. Et à l’image du coach surfing, l’hébergement est gratuit. Et il n’est pas rémunéré.

Quel est ce prodige qui fait que quand une plateforme comme AirBnB garantit et communique sur un revenu supplémentaire pour les hôtes, La Voyageuse revendique un modèle gratuit et parvient à le propager ? « En fait, nous avons beaucoup d’hôtesses issues de AirBnB mais qui ne rencontraient plus leurs invités. Ces femmes ont envie de contacts. Certaines restent amies ! »

Autrement dit, la sororité. Les hôtesses sont sélectionnées et on vérifie souvent que tout est bien conforme à ce qu’indique le site. Elles sont 1550 en France et 250 à l’étranger. « Nous avions commencé par miser sur l’international. Et puis la Covid est arrivée ». Et ? Patatras ? Pas vraiment.

L’équipe de la Voyageuse a changé son fusil stratégique d’épaule et a visé la France. Et contrairement à pas mal d’idées reçues, les femmes voyageant en solo apprécient d’investir la campagne. « Nous avons beaucoup de cadres, de mères de familles qui ont eu besoin de souffler après la période de confinement. Nous avons eu 800 inscriptions de voyageuses depuis la fin du confinement ». À noter, on peut voyager seule ou avec son enfant de moins de 12 ans.

La Voyageuse n’investit pas en marketing. De fait, il suffit de s’abonner – 119 euros pour un an – pour pouvoir s’ouvrir les portes du réseau d’hôtesses. On fait connaissance avec l’hôtesse, on voit si le courant passe et hop, le séjour peut commencer. Hors de question de faire quoi que ce soit avant que le contact ne soit établi entre les deux protagonistes, c’est la condition sine qua non. Tout simplement.

« Nous sommes animés par deux valeurs cardinales : d’abord, la découverte et le tourisme en mode slow, donc vraiment loin des spots surchargés habituellement. Ensuite, une certaine idée du féminisme et de la sororité. En fait, c’est le parfait contraire d’AirBnb ». 

La plateforme se fait connaître via le bouche-à-oreille et les médias, qui surfent encore sur la vague #Meetoo et mettent en avant des initiatives positives pour les femmes par des femmes. Le prix de l’abonnement couvre les frais généraux de la gestion de la plateforme. Juste cela. Le nombre de séjours est illimité.

Les hôtesses et les voyageuses ont tous les âges. L’objectif, au-delà de rendre service, est de créer du lien et uniquement cela. « Elles s’arrangent comme elles le souhaitent. Parfois, l’hôtesse va chercher la voyageuse à la gare ou à l’aéroport, elles font des visites ensemble, etc… ou pas. C’est elles qui le décident ensemble. C’est totalement libre. Tout comme la durée du séjour d’ailleurs ».

La sororité dans le voyage. Désintéressée. Est-ce là le nouveau monde ? Il est plutôt avenant.

La Voyageuse : 9 rue André Darbon 33300 Bordeaux.
tél. : +3 3 (0) 6-66-98-93-47
hello@lavoyageuse.com
www.la-voyageuse.com

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