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Les Mystérieuses de Paris : l’autre alchimiste

Découvrez le deuxième conte inédit de Perles Pierres Monts & Merveilles : l’autre alchimiste. Continuons notre monde féérique, magique et mystérieux dans une ville fantasmée.

Épisode 1

Hildegarde est songeuse. Une alchimiste. Mais quelle va être la mission qu’on va leur confier ? Comment sauront-elles quoi faire ? Elle est sympa, la déesse, mais… Mais rien ! Chassons le négatif. Elles feront face. Et puis ce sera une belle inspiration pour une future histoire à écrire pour Mariama, tiens. Une nouvelle aventure se profile et c’est comme ça qu’elle aime sa vie. Cela dit, ça risque de créer des embouteillages au tribunal pour les comparutions immédiates si ce talent est révélé.

Elle attrape son gant et se met à frictionner doucement sa délicate peau de blonde nordique. Hildegarde aurait pu ressembler à un cliché d’espionne venue du froid si elle n’avait pas ce regard azur aussi rieur et ce petit nez retroussé si charmant. La jeune femme, dont les longs cheveux ondulent naturellement, est tout simplement solaire. Elle éclaire une pièce, littéralement. En véritable fée, elle possède, comme le reste du gynécée, une silhouette impeccablement féminine, qu’elle entretient à coup de cours de Pilates et de yoga. Elle a longtemps dansé aussi, avec ce port de tête empreint de noblesse conféré par son cou si fin.

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Non, ce n’est pas la baignoire parisienne standard, pas du tout. Mais il faut faire envie sur les photos, non ? Crédit photo : Alena Ozerova.

Un bain aux huiles essentielles, c’était indispensable pour se remettre les idées en place après les événements de la veille. Ainsi, Aponi est fille d’un dieu et d’une déesse… Mais elle est une fée. L’alchimiste est toujours une fée. Très bien. Pourquoi pas. Et donc, elle a littéralement « de l’or dans les mains ». Hildegarde sourit. D’habitude, on emploie cette expression au sens figuré. Sauf pour le roi Midas. Bref. Et donc Aponi est styliste-bijoutière. C’est quand même rigolo, cette coïncidence. Cela dit, comme le hasard n’existe pas, tout est à prendre en compte. Le cerveau de la magistrate mouline sans fin.

Pourvu que la nouvelle de ce don ne se propage pas trop. Sinon, tout ce que Paris compte de bandits va se précipiter dans la jolie boutique de la jeune femme. « Et je ne pourrai que compter les points… À moins que… » Hildegarde a une idée. Cela dit, elle va avoir besoin d’aide pour protéger cette fée spéciale, cette alchimiste. Sortie du bain, elle démêle ses cheveux et soumet l’idée à Aniel. « C’est pas bête du tout, ça. Mais tu vas avoir besoin de te montrer très persuasive », approuve l’ange-gardien. « Oui, je sais exactement à qui je vais demander un petit coup de main ». Elle attrape son téléphone : « Coucou ma belle. Je vais avoir besoin de tes talents, Jaya. Je passe tout à l’heure ». 

Épisode 2

Bon, Joséphine, on ajoute juste un trait de jus de grenade au moment de servir, ok ? » Jaya s’affaire. Une nouvelle création, à terminer en salle. Joséphine est au taquet et goûte : « C’est top. J’adore. C’est extra… euh, attends, c’est moi qui dis ça ? J’ai horreur du jus de grenade. Qu’est-ce que tu m’as fait ? », demande la jeune femme. « Ah, vous, les elfes, c’est tellement easy ! Ce cocktail va te forcer à faire ou dire tout ce que je veux. Dans la limite du dosage, bien entendu. Mais vous êtes tellement des êtres magiques, vous, que ça marche hyper bien, j’adore ! »

« C’est pas cool de profiter de moi de la sorte, se plaint l’associée de Jaya alors qu’Hildegarde fait son entrée. Manquait plus que Miss ‘Rien que la Vérité’ et là, je suis totalement piégée. Salut Hildegarde. » « Salut Jo. Je dérange ?! » « Non, entre, dit Jaya, souriante et ravie que son nouveau filtre fonctionne aussi bien. Je fais quelques recherches préventives en vue de notre mission. Cette infusion, en plus d’être savoureuse, va aider la personne qui va la déguster à faire ce que tu veux. Sauf des choses violentes et gratuites, hein ? On reste des fées, donc c’est de la magie blanche ! Mais dis-moi, tu avais quelque chose à me demander ? »

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Qui sait ce que renferme l’infusion magique concoctée par Jaya ? Ha ! Voilà une question importante ! Ici, la couleur indique tout de même qu’il manque le jus de grenade. Crédit photo : Perles Pierres Monts & Merveilles.

Hildegarde a les yeux qui brillent. « Je peux avoir un thermos de ton breuvage ? Je vais voir Siegfried. Et tu sais bien comment ça s’est terminé. Je veux lui demander de mettre une patrouille discrète pour avoir un oeil sur ton extraordinaire voisine ». Jaya approuve : « C’est une excellente idée mais effectivement bon courage. Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé ou pas entre vous, mais il est souvent venu ici essayer de… disons… se distraire avec l’un ou l’autre de mes filtres. Celui que je viens de faire… attends, je rajoute juste un peu de… voilà ! Là, c’est prêt pour lui, il aime bien le miel. J’en ai rajouté un peu, avec de la gelée royale. Il en aura besoin. »

« Pourquoi besoin ? », demande Hildegarde. « Parce que le pauvre garçon est venu il y a deux jours. Et il n’est pas au sommet de sa forme. Ces histoires de terrorisme et autres perturbations mettent la police sur les dents. Il m’a demandé des fortifiants. Il a beau être être un guerrier légendaire et avoir tué l’un ou l’autre dragon, il est crevé ! Ajoute à cela ce que tu lui as fait ou pas fait, ma jolie et tu obtiens un fabuleux combattant au bout du rouleau. Et c’est pas ses collègues qui vont lui remonter le moral. Il faudra aussi que tu y mettes du tien. Si tu vois ce que je veux dire ».

Hildegarde frémit puis sourit : « Je ne vois pas du tout de quoi tu parles ! Je vais au commissariat. Je lui passe le bonjour de ta part alors ? » « Oui, fais donc ça. Cela dit, je le vois bien plus souvent que toi, rétorque Jaya. Plus sérieusement, j’espère qu’il pourra le faire. Nous avons besoin de toute l’aide possible avec Aponi ».

Épisode 3

Hildegarde pousse la porte du commissariat. « Ouvrez le sac s’il vous plaît madame ». Elle montre sa carte de magistrate. « Venez Madame la juge, lui lance l’adjoint de Siegfried qui passait par là. Il est dans son bureau ». Le commissariat est étrangement calme, les uniformes peu nombreux. Hildegarde se souvient. C’est jour de manifestation dans Paris, et dans tout le pays d’ailleurs. Les gardiens de la paix sont réquisitionnés. La France demeure la France ! L’officier toque à la porte. « Siegfried, il y a une magistrate qui est là pour toi. »

« Oui, une seconde. Dis-lui que j’arrive », dit une voix grave et calme. « Je vous offre un café pas bon, Madame la Juge ? » Hildegarde est amusée. « Non merci lieutenant, ça ira comme ça. Je vous remercie ». Ils sont toujours sympas avec elle, les policiers. Probablement parce qu’elle-même est plutôt sympa avec eux. Hildegarde est convaincue que de bonnes relations de travail ont cette base indispensable : la courtoisie.

Il y a du mouvement dans le bureau. La porte s’ouvre. « Madame la… juge, bonjour. Entrez, je vous en prie. Désolé de vous avoir fait attendre. Vous savez ce que c’est. » Hildegarde fait front. « Ne vous excusez pas, c’est moi qui débarque sans être annoncée. Merci de me recevoir, capitaine. » « Ne me dérange que si c’est urgent, d’accord ?, dit-il à son adjoint. De toute façon, Madame la Juge ne va pas rester longtemps à mon avis et moi, j’ai toujours cette montagne de paperasse à remplir. Donc tu as bien fait de me prévenir pour cette fois. Continue comme ça. Le reste, c’est pour après, ok ? » « Bien compris. »

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Le physique de Siegfried est inspiré de celui de l’acteur américano-suédois Joel Kinnaman, ici dans House of Cards sur Netflix. Il y joue le rôle du candidat républicain à l’élection présidentielle Will Conway. On l’a également vu dans la saison 1 de la série Altered Carbon, sur la même plateforme. Entre autres rôles évidemment. Crédit photo: David Giesbrecht/Netflix.

Siegfried ferme la porte. C’est ce qu’on appelle un géant. Il frôle les 2 mètres, doit peser autour de 100 kg. Mais uniquement du muscle. Certes, il y a un entraînement obligatoire dans la police mais lui adore se dépasser physiquement et accentuer cette impression de gigantisme. Ses immenses et fines mains sont soignées, les ongles nets. Ses cheveux sont blond cendré, sa mâchoire carrée, ses yeux couleur ambrée. Et son jean bleu nuit et sa chemise grise, soulignant ses épaules si larges et sa silhouette en V, lui donnent une allure faussement négligée absolument…

Hildegarde en rougit, sa pensée s’était égarée l’espace d’un instant dans leur passé pas si lointain. « Qu’est-ce que je peux faire pour toi, madame la juge ? », lui demande Siegfried avec douceur et une pointe d’irritation dans la voix. « Ce n’est pas la juge qui te parle aujourd’hui. C’est la fée. J’ai un service à te demander. C’est très important. Je t’ai ramené des petites gourmandises aussi ».

Hildegarde sort des chouquettes et son thermos. Elle verse une tasse du breuvage préparé par son amie féérique. « Jaya te passe le bonjour. Elle t’a préparé un remontant pour que tu aies la pêche à nouveau. » Siegfried sourit. Ça doit être un très grand service pour qu’elle vienne. Mais pour qu’elle dégaine les chouquettes et un truc préparé par Jaya, ça doit être vraiment important. Et certainement pénible. Avant de savoir, il goûte.

Les chouquettes sont ses préférées, elle n’a pas oublié. Et le breuvage de Jaya. Que c’est étrange… mais efficace. Lui qui s’endormait sur ses dossiers. Encore plus efficace, les coups énergiques de son adjoint à la porte : « On a un braquage avec violence. Dans une bijouterie juste à côté du Propolis. Ils ont aussi embarqué la proprio, une toute jeune femme qui venait juste de s’installer. La chef du Propolis a tout vu. Elle nous attend. »

Épisode 4

Quand Hildegarde et Siegfried arrivent sur les lieux, les autres fées sont déjà là. Officiellement, le capitaine de police veut entendre la version de la chef. Il se retire donc avec ce témoin et ses cinq amies, venues la soutenir. La petite salle du fond sera parfaite. Les voici donc rassemblés dans la salle où se réunit le gynécée. Là, la magie et le réalisme se confondent. « Expliquez-moi tout. Et pourquoi toi, tu es venue me demander quelque chose. Il y a un lien entre les deux ? » Mariama prend la parole et explique tout au policier guerrier.

Celui-ci écoute patiemment. Jusqu’à ce qu’un courant d’air froid traverse la pièce close. Mama Quilla est là. « Siegfried, fier guerrier, ma fille a besoin de ton aide, implore la déesse. Et l’équilibre entre nos mondes aussi. L’alchimiste seul connaît l’endroit où se trouve le talisman qui protège ce monde des autres. Il permet d’ouvrir ou de sceller un portail qui ne doit pas être ouvert. Il ne faut pas que ça arrive. Jamais. Nous comptons sur toi et sur vous mes filles. »

Siegfried s’agenouille. « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir ». La déesse pose sa main sur l’épaule du guerrier. « Nous avons besoin de toi et de tes troupes. Je te rends ce glaive, il t’appartient. Nous l’avons un peu boosté, comme vous dites de nos jours. Fais-en bon usage. Soyez solidaires et courageuses, mes filles. »

La déesse repart comme elle était venue, laissant là Gram, la légendaire épée de Siegfried et des siens. Elle brille de mille feux, comme si elle venait juste d’être forgée. « Vous en savez plus que moi sur ce talisman ? Je vais avoir besoin de vos lumières pour mobiliser mes hommes. Heureusement qu’ils sont presque tous sous mes ordres dans la police. »

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L’épée de Siegfried et de sa famille s’appelle Gram. Elle a notamment servi à ce même Siegfried pour tuer un dragon. La classe, hein ?

On toque à la porte. Siegfried donne le glaive à Jaya pour qu’elle le dissimule. « Chef, il faut que vous voyiez ce que nous avons découvert ». Le magasin d’Aponi a été mis à sac, toutes ses créations ont été volées ainsi que ses matières premières en réserve. Les métaux et pierres précieuses, tout a disparu. Les vitrines ont été littéralement exposées, les présentoirs balancés à travers la pièce. Les fées entrent, incrédules, précédées par le capitaine de police.

« On n’y est pas allé de main morte. Tu m’avais dit qu’ils étaient combien, Jaya ? » « Quatre je crois. Dont un plus grand. Ils avaient tous le visage masqué. Je ne sais pas si le système vidéo d’Aponi était opérationnel. Elle m’avait dit que c’était pour bientôt mais je n’en sais pas davantage. »

« On a trouvé le système vidéo, chef. » « Voilà qui répond à ta question et qui va bien nous aider. Allez chercher d’autres indices. Nous allons regarder la vidéo avec le témoin ». Le système vidéo de la boutique, flambant neuf, n’a pas été touché. Il a totalement été épargné par les malfrats, qui ont « méthodiquement » tout détruit autour. « Bon, on peut supposer qu’il y a un message sur ces images, constate sobrement Siegfried. Vous êtes prêtes ? Ça peut être n’importe quoi. » « Envoie, dit Raphaëlle, pas si bravache que ça. Il le faut de toute façon ». Le policier se cale sur le moment du braquage. « Mammon. Oh le bâtard », lâche la thérapeute. 

Épisode 5

« Eh beh Raphaëlle ! » « Ce démon-là est une enflure. J’y peux rien. Regarde ce qu’il fait. Regarde comment il nous nargue ! Il voulait vraiment qu’on sache qui il est ! »  « Mais comment tu le sais, toi ?, demande Leïla. C’est pas tous les jours qu’on croise un démon !» « Non, mais lui, je l’ai déjà croisé. En fait, Mammon savait avant moi que j’étais une fée. Il opérait beaucoup dans le monde sportif, des paris. Il y a plein de crapules dans ce secteur. C’est le démon de l’avarice. Autant vous dire qu’il s’éclatait là-dedans », poursuivit la thérapeute.

Aponi ouvre un oeil. Mais seulement un. Ses ravisseurs discutent et elle ne veut surtout pas leur montrer qu’elle est réveillée. Sa tête lui rappelle douloureusement qu’elle a été assommée. Mais où est-elle donc ? C’est sombre ici. Et ça sent… le fauve, ou le chacal comme le disait feu un de ses profs préférés. La transpiration, les pieds : on doit être dans un vestiaire sportif. Et pas super bien entretenu. Ils comptent. Aponi essaie de tourner légèrement la tête vers le bruit de conversation. Elle voit vaguement des silhouettes. Ces hommes sont assis autour d’une table, le bruit est celui du papier. Du papier de billet. 

« Tiens tiens, notre charmante bijoutière s’est enfin réveillée », dit une voix qu’on dirait d’outre-tombe tellement elle est grave. Repérée, Aponi essaie de se redresser. Peine perdue, elle est trop bien ligotée. « Toi et moi, nous allons avoir une petite conversation, fille du jaguar. Et tu vas me parler, beaucoup me parler ma jolie. Je te le garantis. » « Je n’ai rien à vous dire », se défend-elle. « Je ne m’attendais pas à ce que tu le fasses de ton plein gré, je te rassure. Tes petites camarades ont dû découvrir qui je suis mais tu ne le sais pas encore. Tu vas vite comprendre ».

Deux hommes empoignent Aponi et l’emmènent dans une pièce contigüe. Là, son interlocuteur dévoile son vrai visage. Effrayant. « Bonjour, chère alchimiste, fifille de dieux. Je suis Mammon, le démon de l’avarice, et tu vas me parler de l’emplacement du talisman et du portail qu’il ouvre. Je n’ai pas de temps à perdre. Donc je vais aller directement me servir dans ta jolie petite tête comme je l’avais fait pour ta copine rouquine avant même qu’elle comprenne qui elle était. C’était très drôle car elle ne s’apercevait même pas de ma présence. Avec ses connaissances, j’ai bien ramassé. Jusqu’à ce que votre Mariama ne vienne tout ruiner en lui révélant son pouvoir. Mais toi, tu n’as pas les barrières de la fée des énergies. »

Aponi se concentre de toutes ses forces. Mais elle n’a plus sa labradorite sur elle. Son collier fait évidemment partie du butin. Si elle l’avait porté, elle aurait pu décupler son pouvoir pour qu’il communique avec les autres, histoire d’indiquer sa position. Par exemple. Mais là, elle est livrée à elle-même avec ce démon face à elle. Elle tente en vain d’appeler Haamiah à son secours. L’aura du démon bloque la sienne, son ange-gardienne est hors de portée elle aussi.

Mais voici que Mammon apparaît dans ses pensées. « Je fouillerai chaque recoin. Tu finiras bien par me dire de quoi il en retourne, petite. » Aponi voudrait lui balancer une bonne droite, en bonne adepte de boxe française. Elle pratique ce sport depuis si longtemps qu’il fait partie d’elle. Et à ce moment précis, elle se voit lui mettre sa raclée. Et cette pensée est si forte et réaliste qu’elle le met… KO.

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Pratiquer un sport de combat, dans un bon esprit, peut toujours s’avérer utile. Crédit photo: Eddie Edwards/Pexels.

Épisode 6

Mariama la conteuse est très précautionneuse. Il lui faut bien étudier les personnages qui accompagnent ce démon. Leurs faits et gestes pendant le braquage et juste avant grâce à la vidéo surveillance des autres boutiques du quartiers. Leurs paroles qu’on n’entend pas. Pourquoi ? Parce que Mariama va les amener à Siegfried. C’est son pouvoir. Elle écrit des histoires qui deviennent réalité. Normalement, il lui faut un peu plus de matière mais Mama Quilla a boosté la puissance du gynécée. Chacune des fées l’a ressenti. C’est pour ça qu’elles se sont toutes réunies pour l’épauler.

Mariama arbore la tiare symbole de l’unité du groupe tandis que chacune des autres membres est munie de son collier et de tous leurs autres attributs féériques. Et la conteuse a pris sa plume et son encre magiques pour écrire l’histoire et sa suite. Toutes les jeunes femmes sont autour d’elle, dans le spa de Mei. En effet, le bâtiment se trouve sur un site qui abrite des tunnels datant de l’Antiquité concentrant de l’énergie féérique. Leurs ancêtres y réalisaient des rituels du temps des druides et des Romains. Elles venaient aussi s’y réfugier en nombre quand la population pourchassait les fées et les sorcières. 

Autour de Mariama, les cinq sont en méditation, histoire de parvenir à concentrer toute la puissance nécessaire pour que le sortilège de la conteuse fonctionne avec au moins un des protagonistes. Leurs anges-gardiens sont aussi présents ainsi que Siegfried, son épée et quelques guerriers. Leurs auras brillent et irradient à mesure de l’augmentation de l’énergie. Et soudain, un des acolytes du démon finit par apparaître au milieu du cercle. Siegfried s’en saisit, Jaya et Hildegarde lui administrent rapidement leur tout nouveau filtre de vérité. 

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Ceci est bien un banc. Vous saurez ce qu’il fait là en poursuivant votre lecture.

L’individu ne comprend pas ce qui lui arrive. C’est en effet un homme ordinaire, au service de vulgaires criminels qui ont rencontré cet homme mystérieux, qui ne montre jamais son visage. Le filtre est très efficace, l’homme leur raconte absolument tout. D’après lui, Mammon a promis des bénéfices substantiels s’ils parvenaient à capturer la jeune femme qui venait d’ouvrir cette bijouterie. Donc ils l’ont fait. Et maintenant, ce type étrange la séquestre dans une salle de sport désaffectée du 19e arrondissement.

Il décrit parfaitement l’endroit, dessine même un plan, explique de combien d’hommes et d’armes ils disposent. Enfin d’armes. Les sbires de ce type ont des armes, mais franchement étranges, de formes bizarres et toutes tranchantes, pas une arme à feu. Entre eux, cet homme et ses proches parlent une langue totalement inconnue et incompréhensible.

Mais les chefs du prisonnier bavard, des mafieux, sont ravis. Le braquage de la bijouterie a  largement apporté les sommes promises. Ils ont juste trouvé curieux que l’homme sans visage, qui est un partenaire de longue date, se moque royalement de ce butin et soit seulement intéressé par la jeune femme. « Bon, il faut dire qu’elle est sacrément jolie, hein, donc… » « Ça va, ça va, on n’a pas besoin d’un dessin cette fois, l’interrompt Siegfried. On a tout pour faire un bon plan, les filles, non ? Alors au boulot ».

La potion de Jaya induit les effets d’une bonne cuite, et l’oubli en fait partie. Un des hommes de Siegfried embarque le bavard et le dépose près d’un parc où il s’endormira. Ainsi, quand il reprendra ses esprits, il ne se souviendra plus de rien et le mal de tête achèvera de le convaincre qu’il a juste trop bu la veille. Et la conteuse de se féliciter. Car Mammon a négligé d’étendre sa protection contre les sortilèges féériques aux hommes ordinaires qui travaillent avec lui. Grossière erreur.

Épisode 7

Aponi regarde autour d’elle. Un objet tranchant. Rien. Ici, rien. Rien. Là ? Non, encore rien… Y’a donc rien de tranchant dans cette salle qui pue ?! Ah, un morceau de plastique. Il aurait pu être diablement tranchant s’il avait été en métal… Elle l’attrape cependant car, par chance, ses ravisseurs ont ligoté ses mains par devant avec de la simple ficelle.

Elle ferme les yeux, se concentre. Et oui, ça maaaaarche ! Ce petit bout de plastique pointu s’est transformé en jolie pointe d’or. Avec un côté tranchant. Parfait. Vite, scier la ficelle. Surveiller que l’autre ne se réveille pas. Ne pas faire de bruit. Scier la ficelle. Scier la ficelle. Aaaaah, elle s’est enfin rompue. Pas trop tôt. Aponi libère ses chevilles et… « Tu croyais peut-être m’échapper, fifille ? »

Siegfried a tout planifié. Les filles sont là. Les guerriers à leur poste. Cette salle de sport ne va pas leur résister très longtemps. « Ok, c’est parti », murmure le géant blond en avançant. Les guerriers entrent par chacune des trois issues, à pas de loup. Siegfried les suit avec Gram, son épée. Les fées restent un peu en retrait mais il leur fait vite signe de venir, par sms.

La salle en question est vide, il n’y a plus personne. Il y a clairement des traces du passage de Mammon et ses troupes mais ils sont partis. Apparemment précipitamment. Et il y a peu de temps, il reste quelques armes caractéristiques. 

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Ah, une simple pelote de ficelle, ça peut être très utile. Crédit photo : Emilian Robert Vicol.

« Je crois que j’ai trouvé où il gardait Aponi, dit Raphaëlle, avec les liens coupés et la pointe d’or utilisée par son amie pour se libérer. Son énergie est encore dessus. Celle de Mammon aussi. Je crois que je peux les trouver. Son aura à lui est protégée d’habitude mais là, je la sens distinctement. Je peux les localiser. Ça doit être l’or fabriqué par Aponi qui a cet effet de retenir les énergies de qui y a touché. Par contre, je vais avoir besoin de notre cercle, pour mettre un tigre dans le moteur. »

Les jeunes femmes se rejoignent, forment un cercle autour d’elle. « Siegfried, tu peux entrer dans la ronde avec ton épée. Je prends tout ce dont je peux disposer ».

Raphaëlle ferme les yeux, se concentre. Et la transe commence. Elle se met à chanter en langue druidique, celle de sa lignée de fées-druidesses. Son chant est incompréhensible aux oreilles des autres puisque cette langue uniquement orale s’est éteinte. Mais quelle beauté, quelle mélodie extraordinaire. Et sa danse est d’une telle grâce.

Les autres fées n’avaient jamais assisté à cette manifestation du pouvoir de leur soeur. Elles en sont stupéfaites, subjuguées. L’aura verte et brillante de Raphaëlle envahit l’atmosphère, les colliers des fées se mettent à briller ainsi que Gram. L’intensité du rituel arrive à son paroxysme. Raphaëlle tournoie, sa voix part dans des aigus d’une pureté si cristalline qu’elle n’en est plus humaine.

Puis elle s’effondre. Ses soeurs accourent, Siegfried la redresse. « Mon héros, sourit-elle, retrouvant ses esprits. Je sais où elle se trouve. On va chez les bobos, à Saint-Germain-des-Prés. »

Épisode 8

« Tu ne croyais quand même pas m’avoir juste mis KO quand même ? Incroyablement présomptueuses, ces filles de, quand même. C’est une constante. Simples mortelles, fées ou filles de dieux, elles se croient toujours les plus fortes, les meilleures. Pfffff, des petites filles arrogantes, persifle Mammon. Tu t’es relâchée dans ta défense en pensée. J’en ai profité pour me promener dans ta jolie petite tête. Et j’ai trouvé. Alors allons-y. La crypte de l’église de Saint-Germain des Prés. La plus ancienne église de Paris. Assez logique quand on y pense, non ? En route. »

Le démon houspille ses troupes : des mortels sont au courant de sa cachette. Ces fichues fées doivent déjà être sur le point de les trouver.

La voilà, l’austère église, en tout cas vue de l’extérieur. Posée au milieu de la place. Un chef d’oeuvre d’art roman, mêlé avec d’autres styles au fur et à mesure des reconstructions et restaurations dues aux soubresauts de l’Histoire. Avec ses bonshommes aux têtes disproportionnées, sa nef étoilée, ses vitraux, ses fresques, ses autels richement décorés…

Cela dit, les fées n’ont pas le temps d’admirer la vue. Elles ne sont pas venues en touristes. Ce n’est pas un hasard si c’est cette église qui renferme ce que veut Mammon : ancienne abbaye, elle fut une nécropole royale avant le Xe siècle. Avant que Saint-Denis ne lui pique le rôle. Elle a été édifiée en 543 par Childebert, fils d’un des plus célèbres convertis de l’Histoire : Clovis, roi des Francs.

Avec les nombreuses transformations qu’elle a subies, elle n’a plus de crypte. Les restes des souverains ont été retirés il y a des siècles, il reste très peu de reliques de Saint-Germain. Pas de crypte donc. Enfin, pas de crypte accessible à un visiteur plus ou moins lambda.

L’église de Saint-Germain-des-Prés est en phase de restauration. Vous pouvez, entre autres, participer à sa rénovation en donnant quelques sous pour avoir une étoile au prénom que vous lui choisirez : le vôtre, celui de l’être aimé ou vos enfants. Rendez-vous ici.
Crédit photo : Fonds de dotation pour le rayonnement de l’église Saint-Germain-des-Prés.


« C’est sous l’église que ça se passe. Le sang royal est d’une nature très particulière. C’est là qu’il faut chercher Aponi et ce bouffon, reprend Raphaëlle. Et puis regardez de toute façon. » Elle désigne ses soeurs : leurs colliers et la tiare irradient à nouveau, à l’unisson avec Gram. « Leïla, je crois que tu peux nous créer une porte pour accéder à cet endroit, dit Mariama. Je ne dis pas qu’en temps normal, ce serait possible. Mais là, avec nos pouvoir boostés, je crois que tu peux transformer ce lieu sacré. Nous allons t’épauler ». 

Leïla sort son fusain magique et s’assied au milieu du cercle une nouvelle fois dessiné par ses soeurs et Siegfried. Son aura orangé s’étend. Elle brille de plus en plus fort, à mesure que son fusain noircit sa toile enchantée. Et voici qu’au coeur de la nef apparaît un passage, un escalier menant sous l’édifice.

Une lueur en sort, une forte odeur de souffre s’en échappe. Un grondement se fait également entendre, ainsi que des éclats de voix. « Ils y sont déjà, murmure Mei. Ça va être sportif. Vous vous souvenez des leçons qu’on vous a données avec Leïla, les filles ? » Raphaëlle sort un tout petit rameau de bois complètement sec de son décolleté. Il s’étend, se transforme en un bâton fleuri et biscornu : « Je crois que nous n’avons pas vraiment le choix. Moi, je m’en souviens très bien, lâche la fée-druidesse. Allons-y ».

Épisode 9

Les escaliers en colimaçon, c’est plutôt discret en règle générale. Sauf quand on arrive directement au milieu d’une galerie dont les parois sont très larges. L’ancienne crypte n’avait visiblement pas été détruite. Mei passe la tête : « Ils n’ont rien vu, pour l’instant. Mais on va descendre un par un. T’aurais pu y penser quand même, Leïla en le dessinant, ton escalier ». « Euh… c’est vrai que je voulais juste qu’on arrive dans une salle, j’ai pas trop pensé au camouflage en fait. Désolée, bredouille Leïla. Mais je peux rajouter un pilier si tu veux. Ou rendre l’escalier invisible ». « Une cachette, c’est mieux. Un pilier, une pierre ou une paroi s’il te plaît. Après tout, si c’est comme dans toutes les cryptes, il y a des séparations entre les différentes tombes », demande Siegfried.

Et c’est presqu’un jeu d’enfant de déplacer cet escalier. Ah, ces toiles magiques. Leïla ne s’en lasse pas. Voici donc l’escalier plus proche du groupe de Mammon et ses sbires, mais tout en demeurant invisible, caché derrière une paroi épaisse d’un gros mètre de pierres. Ces murailles délimitent les espaces des tombes entre elles, mais il reste une nef au milieu. Siegfried et ses troupes descendent dans la crypte, observent. Réfléchissent. Le plan s’établit doucement dans la tête du géant blond. 

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Un vrai, authentique masque péruvien pré-colombien en or. Peut-être retrouvé dans les Cités d’Or ? Ha ! Magnifique, n’est-ce pas ? Et vous, vous vous souvenez du mystérieux et terrifiant masque de jade ? Crédit photo : Carlos Santa Maria.

« Bien bien bien. Nous avons la clé, nous avons la fille, nous avons tout. Mais avant d’ouvrir la porte, ma petite, nous avons quelque chose pour toi. Ce masque. Oui, ce masque-là, ne fais pas une tête pareille. Il était en or. Et il avait du pouvoir. Il a été transformé en pierre et il est inerte. Je le veux en or. Maintenant », décrète Mammon.

« Qui l’a changé en pierre ?, demande Aponi. Il y a certaines magies que je ne peux pas défaire. » « C’est ta maman chérie qui l’a transformé en pierre il y a quelques siècles de ça, quand le Nouveau Monde a été découvert et conquis par les Espagnols. Elle le trouvait bien trop puissant pour qu’il tombe entre les mains de Pizarro et ses soldats. Alors maintenant, ce pouvoir, il est à moi. Et à moi seul. Et avant qu’on ne laisse l’Enfer entrer dans votre petit monde si cossu et coquet, tout le pouvoir que ce masque renferme sera à moi. Ainsi, tous mes petits camarades infernaux devront m’obéir. Et ce sera parfait », se répand le démon, dévoilant ainsi tous ses projets. Ah, l’ego…

Mammon parle fort. Tellement que les fées ont tout entendu et Siegfried avec. « Ce crétin creuse sa propre tombe. Le temps qu’Aponi défasse la magie de sa mère, on peut lui faire sa fête et l’empêcher d’ouvrir la porte », murmure Raphaëlle. « Han. Qu’il est beau ce masque, murmure Leïla. En or, il sera encore mieux… Euh, j’ai vraiment dit ça tout haut ? » « Oui, bon, bref ! Il faut maîtriser tous ses sous-fifres, reprend Mei. Siegfried, on a un plan ? ».

« Bien entendu. Et il se déroulera sans accrocs, sourit le grand blond. Ha ha ha ! J’ai toujours rêvé de lâcher cette réplique. » « Sauf qu’elle vient après la mission, pas avant, gros malin, souffle Hildegarde. Ne perds pas de temps et explique-le. » « Oh ça va, hein ? C’est la première fois que je vais tenter d’empêcher l’enfer d’arriver sur terre, t’es gentille. J’ai le droit d’être un peu nerveux et de dire une petite connerie, la reine des glaces », râle le géant.

Épisode 10

Aponi se concentre face à ce masque. Elle produit son effort, comme on dirait lors d’un reportage sportif. Mais la magie maternelle demeure celle d’une déesse, donc très difficile à contrer. D’ailleurs, au fur et à mesure qu’elle se sent progresser, elle ressent une effarante puissance émaner de l’objet. Quelle force.

D’un seul coup, elle entend dans ses pensées une voix qu’elle reconnaît aisément. D’abord au ton et puis au vocabulaire. C’est celle de Raphaëlle. « Hé cocotte, on est là. Toute la team, les filles, le grand blond, ses potes, tout le monde. Alors prends tout ton temps pour contrer la magie de Maman, si tu vois ce que je veux dire. Sois incompétente mais mets-y du mélo, hein ?! On va lui botter le cul ! Et ne te marre pas, même si c’est nerveux ».

« Ah tiens ! Alors comme ça, les copines sont venues ! C’est sympa de vous joindre à nous, s’exclame Mammon. Dommage pour toi, la rouquine, je suis dans sa tête depuis un petit moment maintenant. Donc tu repasseras pour l’effet de surprise. Occupez-vous de… » Mammon s’arrête, personne ne l’écoute. En fait, il ne voit personne. Son regard tombe vers le sol, où gisent tous ses sous-fifres. Et bien comme il faut en plus, aucun n’a gardé sa tête sur les épaules. Aucune possibilité de pouvoir les réveiller. Mais comment ?!

« Allez Mammon, lâche l’affaire va. On t’a eu ». Raphaëlle s’avance. Avec elle, les autres fées. Et elles se tiennent les mains. Leurs auras brillent, la lumière arc-en-ciel envahit la crypte. Aponi les rejoint d’un bond, sans lâcher le masque. Siegfried est aussi là. Le géant se place au coeur du demi-cercle formé par les fées. Gram iradie de lumière et de puissance.  Mammon sort la sienne de son fourreau. Les voilà prêts à en découdre.

Il faut savoir que le géant est invulnérable, à part quelque part dans le dos. En plus, Mammon n’est pas un athlète. Il a l’habitude que les autres se battent pour lui, pas l’inverse. D’ailleurs, s’il a sorti son épée, ce n’est pas pour l’utiliser comme telle. La lumière noire qui l’anime ne laisse guère de doute.

Mais Siegfried n’a pas l’intention de défendre, il attaque. Gram, donc la solidité a été décuplée par Mama Quilla et par la puissance du gynécée réuni, n’a besoin que d’un coup pour briser sa rivale. Et d’un swing, le chevalier fait rouler la tête du démon plus loin. Laquelle se réduit en poussière puis disparaît en quelques secondes, ainsi que son corps et ceux de toute sa troupe.

Une crypte médiévale à Cardona, en Espagne. Celle de l’église de Saint-Germain-des-Prés à Paris, où se déroule l’action, n’existe plus. Et encore moins à la fin de ce conte. Crédit photo : Tanaonte.

« Il n’a pas le talisman pour ouvrir la fichue porte. Il ne l’a jamais eu, exulte Aponi. Pourtant, il savait où il se trouvait, il avait suffisamment fouiné partout dans mes pensées, surtout celles qui ne le regardaient pas – l’enfoiré – mais il voulait d’abord que ce fichu masque fonctionne à nouveau pour que l’Enfer tout entier soit à ses ordres. C’est bien qu’il n’ait pas pu résister à cette tentation-là. Sinon, je n’imagine même pas… »

« Non, n’imagine pas, ma fille, dit la voix de la déesse, débarquant par surprise comme à son habitude. Vous l’avez détruit, c’est parfait. Mais soyez bien conscients, mes enfants, qu’il n’est certainement pas le dernier que vous aurez à affronter pour garder cette porte fermée. Je vais combler cette crypte et détruire ce masque. Vous feriez mieux d’y aller. Bravo et merci. Je suis très fière de vous. »

« Bon. Là, je peux le dire, hein, la princesse gelée ?  » J’adore qu’un plan se déroule sans accrocs ! *  » Ha ha ha !, rigole Siegfried, soulagé d’avoir mené la mission à bien. On a droit à un cocktail ou deux, jolie Jaya ? Je crois que j’ai besoin d’un peu de détente, là. » « Autant de cocktails que tu veux, beau blond. Tant que tu ne roules pas sous la table, parce que je ne te ramasserai pas ».

* Si cette phrase ne fait pas tilt, il faut réviser vos classiques de culture populaire de toute urgence.

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