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Les Mystérieuses de Paris : l’autre genèse

Découvrez le premier conte inédit de Perles Pierres Monts & Merveilles : l’autre genèse. Bienvenue dans notre monde féérique, magique et mystérieux dans une ville fantasmée.

Et vous pouvez aussi le découvrir en son, lu par son autrice. Parce que les contes, ça se lit, non ?

Le conte complet en son. N’hésitez pas à nous faire remonter vos remarques ! Notamment si vous souhaitez qu’il soit découpé épisode par épisode ! Bonne écoute !

Épisode 1

Oh, le joli réflexe, évitant la chute. « Fichus pavés ! ». Le talon est cassé, le soulier fichu, il pleut, il fait froid, ça glisse. Mariama le sait : ce n’est pas son jour, ou plutôt sa nuit. Heureusement, elle a toujours cette paire de ballerines dans son immense sac. Autant avoir les pieds mouillés dans des semblants de chaussures plutôt qu’à même le pavé parisien, où on ne sait jamais vraiment ce qui a traîné.

Elle balance la paire de mauvais escarpins dans la première poubelle venue et continue son chemin vers cet institut de beauté chinois, prisé par tout ce que Paris compte de fans de rituels divers. Les filles l’attendent. C’est elle la boss. Pas de l’institut, non. L’élégante quadragénaire fait un tout autre métier. Elle est journaliste et autrice. Un travail qui la ravit et la comble. Et lui laisse aussi le temps de s’occuper de sa petite famille, tout en travaillant à son rythme.

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Notre-Dame de Paris, des pavés, de la pluie, la nuit. Mariama a cassé un talon.

Et justement, elle sent une vibration. « Oui mon chéri ? Non, ce soir, je vois les filles, tu le sais bien. C’est la pleine lune. Tu peux m’attendre si tu veux mon amour mais je rentre toujours très tard. Ah ? Tu as gagné cette affaire ?! Mais c’est génial. Ok, je ne traînerai pas. Tu seras récompensé à la hauteur de ton labeur. Ils sont rentrés ? On a déjà les résultats du bac blanc ? Décidément, j’ai une famille de vainqueurs. Oui, je suis arrivée. Je t’aime aussi. Et à tout à l’heure pour ton câlin bien mérité. Je t’embrasse. »

Enfin, voici le spa. Celui de Mei. Son nom signifie Beauté en chinois, le spa est logiquement éponyme. Le hasard n’existe pas. La propriétaire possède des longs cheveux étrangement souples et d’un noir de jais. Sa peau est diaphane autour de ses yeux très en amande, sa silhouette est dynamique et féminine, un vrai huit comme diraient certains stylistes. Non vraiment, elle ne porte pas ce prénom par hasard. Mei accueille une Mariama revigorée: son époux vient gaiement d’effacer une négociation houleuse avec son éditeur avec ses bonnes nouvelles. « Au téléphone, tu me dis que ta journée est pourrie, et là, tu souris comme une… attends, c’est quoi ces chaussures ?! » « Ah oui, j’ai pété mon talon sur les pavés, j’avais mes ballerines dans mon sac donc j’ai balancé les escarpins. Ça m’apprendra à aller dans cette boutique ».

« Je te laisse te rafraîchir et te changer ». Mariama se regarde dans le miroir. Noire comme la nuit, elle a des traits charnus et de grands yeux tout aussi sombres dans leur couleur mais illuminés de pétillance et d’intelligence. Ses fines dents blanches éclairent son sourire. Elle met de l’ordre à ses cheveux, efface le mascara arrivé sur ses joues à cause de la pluie. Elle enlève son très strict tailleur, son chemisier à lavalière pour revêtir une robe vaporeuse. Une curieuse robe faite d’un tissu fin et indestructible. Le même qui compose chacune des tenues des six autres femmes avec qui elle passe cette soirée de pleine lune. Une robe de rituel. Un rituel qu’elle dirige.

Épisode 2

Ça sent l’encens, la rose, le cèdre. La salle est juste éclairée par des bougies. Elles forment un cercle. Mariama porte une tiare avec sept pierres incrustées dans un mélange d’or, d’argent et de fer : l’améthyste au centre, la sagesse. De part et d’autres, on reconnaît la jade, symbole du pouvoir du soleil et de l’immortalité. Un oeil de tigre est aussi présent, pour la protection et l’énergie. À côté, la malachite et son pouvoir de persuasion sont bien présents. De l’autre côté, on reconnaît la pureté du cristal de roche, qui décuple les capacités des autres pierres. Le quartz rose, symbole de douceur et d’amour est également présent. Enfin, la labradorite complète le bijou, elle qui est porteuse de créativité et de protection.

Sept pierres pour sept jeunes femmes, sept dons, sept profils très différents mais réunis par leurs origines féériques. Mais ce soir, elles ne sont que six autour de leur autel, la souche d’un arbre magique et millénaire. Mariama s’inquiète et se met à méditer. Tout à coup, un spectaculaire coup de vent entre dans la pièce, pourtant intégralement fermée, accompagné d’une intense lumière blanche. Cela dure juste quelques secondes. Et la bougie qui brille face à la place vide, celle de la labradorite, celle qui représente la septième participante à ce rituel, s’éteint puis disparaît, dans une volute de fumée.

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La bougie qui brillait dans la nuit s’est éteinte.

« Elle est morte », annonce Mariama en ouvrant les yeux, sortant de sa méditation. « Comment ? », questionne Hildegarde, la magistrate blonde comme le jour. « Un chauffard l’a heurtée, elle est morte sur le coup. Un récidiviste. Il n’est pas resté sur les lieux mais la police était juste à côté. Ils vont le retrouver. Il a laissé assez d’indices, Mariama, émue, fait une pause. Il faut honorer notre soeur. Et trouver notre nouvelle septième avant la prochaine nouvelle lune. Deux semaines, c’est court mais faisable. Nous ne pouvons pas rester à six, nous sommes affaiblies. »

Assises en tailleur autour de la souche, les six jeunes femmes implorent l’esprit du Jaguar, animal-totem de la septième, de les aider à trouver celle qui aura la lourde de tâche de succéder à leur soeur disparue. L’incantation leur permet de s’adresser à elle directement, avant qu’elle ne passe dans l’autre monde. « Cherchez le papillon », leur dit-elle. « Quel papillon ? » Le Jaguar apporte un autre début de piste. « Le papillon est tout proche de vous. Il brille et apporte la lumière là où la vie est absente ». Les bougies s’éteignent, elles ne sauront rien de plus pour ce soir. Elles peuvent enfin pleurer leur amie disparue et mettre au point un plan pour trouver la jeune femme qui la remplacera au sein de leur gynécée magique. 

Épisode 3

Raphaëlle est préoccupée. Son amie disparue lui manque, c’est certain. Mais elle sait bien que la mort n’est qu’un passage. Et que finalement, la vraie vie, la spirituelle, se joue hors de sa présence sur cette merveilleuse planète. Ça la travaille quand même, comme on dit. Ce matin, pendant sa séance de yoga, elle n’y était pas vraiment. Probablement à cause de ce type qui la matait sans arrêt. D’habitude, elle apprécie, elle est flattée, mais là, c’était juste lourd. Cela dit, il faut comprendre cet homme. Raphaëlle est une rousse plantureuse, mince mais aux formes épanouies et tellement féminine. Son teint de lait, son roux sombre et ses grands yeux clairs, dont la couleur change selon le temps, en hypnotisent plus d’un. Et plus d’une aussi. Mais vraiment, ce matin, non, elle n’avait pas du tout la tête à ça.

Avant d’arriver à son cabinet, elle s’arrête dans un square. Il est huit heures du matin, il fait encore nuit et la jeune femme invoque Cerridwen, déesse celtique mère du jour et de la nuit, pour l’aider à trouver ce fameux papillon. « C’est un bijou, lui souffle la déité. Souviens-toi, il brille et apporte la lumière là où la vie est absente ».

Raphaëlle est perplexe. Mais ses premiers consultants – dans sa partie, on appelle les clients des consultants, des gens qui viennent vous consulter – vont arriver. Son carnet de rendez-vous est plein. Il est vrai que sa récente installation en tant que thérapeute énergétique en a scotché pas mal. Après tout, elle vient d’un milieu perçu comme terre à terre, le journalisme sportif. Mais après que Mariama l’ait trouvée, après qu’elle ait rencontré ses sœurs de gynécée et son pouvoir, Raphaëlle a changé de vie. Après tout, son prénom est bien celui d’un soignant : l’archange Raphaël est un guérisseur.

Une belle forêt comme celle-là, pour l’instant, il n’y en a pas à Paris, chez nos fées. Mais sait-on jamais…

On se doute qu’une telle forêt n’est pas (encore) disponible à Paris. Mais sait-on jamais ? Ce serait tellement bien pour l’ancrage de nos fées. Et pour le nôtre également.

« Tu vas la trouver. Réfléchis un peu, un bijou, ça brille. Et jusqu’à nouvel ordre, ça met de la lumière là où il n’y a pas de vie. C’est du métal et des pierres, les bijoux, rien de très vivant, à part nos gemmes préférées bien entendu, lui souffle Mitzraël. Tu n’irais pas faire un peu de shopping, mais pour la bonne cause, pour une fois ? » « Grâce à ma grande capacité de shopping, je fais vivre des tas de gens, cher ange-gardien ! C’est une excellente cause ! Mais bon, puisque c’est toi qui le dis, je vais suivre ta guidance, hein ? », rigole Raphaëlle. « Oui enfin, ne te sens pas obligée de faire du zèle ! », lui murmure celui qui l’accompagne partout.

Ce client de 13h30 qui se désiste, c’est parfait. Allons faire du shopping bijoux dans le coin. Elle envoie un message dans la foulée. « Leïla, tu viens avec moi ? On va manger un morceau chez Jaya et on va à la chasse au papillon. »

Épisode 4

Leïla attend au comptoir en discutant avec Jaya. À leur façon, pas discrète du tout. « Et comme d’habitude, qui est en retard ? La rouquine bien sûr ». On peut venir se poser à Propolis, le cocon gourmand et coloré de Jaya, à toute heure. Certes, elle est chef et a reçu une formation classique. Mais sa double, voire triple culture rend sa cuisine vraiment étonnante et singulière. Sa triple culture, oui. Bien sûr, elle a retenu tout ce qu’il fallait de son Inde natale et ses jeux d’épices en témoignent.

Mais elle a aussi suivi un cursus très solide dans l’une des toutes meilleures écoles françaises. Et puis elle a aussi été initiée à la cuisine des fées par l’une des membres d’un autre gynécée que le leur, restauratrice étoilée et multi-récompensée en Italie. Jaya avait toujours été attirée par la cuisine de cette femme, elles se sont comprises et reconnues au premier regard. C’est d’ailleurs au contact de cette cheffe, son mentor, que Jaya a découvert sa nature de fée.

Gourmande, elle l’est. Mais sa cuisine est si légère, si goûteuse, qu’elle ne se lit pas sur la silhouette de la gracile jeune femme. Élancée, elle se distingue par la finesse de ses attaches et de ses traits, soulignés par sa longue chevelure d’un noir profond ramenée en un lourd chignon et son teint chocolat. Ses yeux marrons en amande et son nez étroit complètent la symétrie quasi parfaite de son visage.

Sa veste de chef, elle l’a customisée. Elle n’a pas touché à la forme assez stricte de ces tenues très codifiées mais elle joue sur les couleurs, chatoyantes, presque psychédéliques. Sa veste est un camaïeu de fuchsia, de vert pomme, de bleu turquoise et au dos, une abeille géante dorée et marron, toute brodée de fils brillants la rend inoubliable. Son pantalon cigarette jaune, brillant, qu’on jurerait en shantung de soie, souligne la finesse de ses jambes. Aux pieds, point de ces horribles sabots de chef en plastique patauds, honteusement fonctionnels. Elle porte des bottines de motard à gros et hauts talons, en cuir jaune brillant et incrustées de fausses pierres. Chef certes mais féminine jusqu’au bout !

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De la cuisine bien féminine, légère, colorée et fleurie (!). Surtout, elle est goûteuse. C’est la cuisine de Jaya. Nous connaissons une cheffe qui fait de la cuisine de fée (et ce plat en témoigne, non ?). On en reparle très vite. Crédit photo : Perles Pierres Monts & Merveilles.

Face à elle, Leïla dessine et griffonne sur son écran. Elle a aidé Jaya à décorer son restaurant et l’immense abeille sacrée dans le dos, c’est son idée. Ses origines à la fois grecque, moyen-orientale et égyptienne lui ont forgé un physique de vestale. Très gourmande, Leïla est aussi très musclée. Car pour compenser cette gourmandise, la jeune femme fréquente assidûment les salles de sport, court plusieurs fois par semaine et nage. Cette activité sportive lui permet d’ailleurs de puiser de l’inspiration, dehors et dedans, en observant son environnement.

Directrice artistique, artiste tout court, illustratrice, parfois styliste à ses heures, la jeune femme aux cheveux et aux yeux couleur de charbon et au teint d’albâtre aime diversifier ses supports. Et son éclectisme remarquable et remarqué lui ouvre beaucoup de portes dans des milieux parfois encore plus mystérieux et secrets que le gynécée qu’elle compose avec ses amies. L’alliance de l’ombre et de la lumière lui plaît énormément.

Mais voici qu’enfin… « Tu n’as pas l’impression d’abuser par hasard ?! On t’attend ici depuis trois quarts d’heure ! Un jour, on te le fera aussi et tu pourras découvrir à quel point c’est…. » « Regardez qui je vous amène, la coupe Raphaëlle, toute pimpante et lui adressant un sourire de guingois. Ta toute nouvelle voisine, Jaya, est une styliste-bijoutière qui se lance. J’ai été attirée par sa devanture, constellée de PAPILLONS. Je vous présente Aponi. C’est un prénom amérindien qui signifie justement papillon, n’est-ce pas extraordinaire ? sourit nerveusement la thérapeute. Nous papotons joyeusement depuis tout à l’heure et c’est vrai que je n’ai pas vu le temps passer. Et quand j’ai jeté un oeil à ma montre, vu que sa pause déjeuner était largement entamée, je me suis dit que nous pourrions venir ici, n’est-ce pas, Aponi ? »

Épisode 5

Jaya et Leïla se regardent. « Enchantée de faire ta connaissance, Aponi. C’est vrai que c’est un prénom magnifique. Et puis une abeille et un papillon juste à côté, ça ne peut que fonctionner, n’est-ce pas ? Je suis Jaya et voici Leïla », tente la chef, rompant le silence gênant suivant le monologue de Raphaëlle. « Oui, oui. Je suppose. Et je suis ravie de vous connaître aussi », sourit la jeune femme. « Alors Jaya, tu nous prépares ta spécialité ? »

Évidemment que la chef leur sert sa spécialité. Cette spécialité, c’est un plat magique dont la recette se transmet de fée en fée, chacune ajoutant un ingrédient bien à elle si elle le souhaite. Et ce plat aide la personne qui le déguste à prendre conscience de ses pouvoirs féériques en les débloquant. Si bien sûr elle en a en elle. Sinon, c’est juste un plat envoûtant en soi. C’est évidemment un des plats-signatures de Jaya. « Allez vous asseoir, j’arrive. Jo, tu peux leur amener trois cocktails maison, version virgin, et de l’eau s’il te plaît ? Elles ont toutes beaucoup de travail aujourd’hui », dit-elle à son associée en salle.

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Spaghetti al pomodoro ! Avec du parmesan. Certes, pas tout à fait la même recette que celle de notre fée Jaya. Mais qui a dit qu’un plat simple était dénué de magie ? Avouez, elle met l’eau à la bouche, cette assiette, non ?

Et ce plat est effectivement magique, les spaghetti al pomodoro. Certes, la recette traditionnelle inclut céleri, oignons, tomates, et des jeunes pousses d’épinards, mais Jaya y ajoute sa patte personnelle avec du gingembre et du curcuma. Leur pouvoir est extraordinaire, surtout avec la touche de la chef. Une fois de plus, l’instinct de Raphaëlle ne s’était pas trompé : Aponi est bien la nouvelle septième. Jaya, ravie, constate le résultat de sa magie. Et c’est toujours aussi beau et émouvant à voir.

Évidemment, Jaya a une petite salle exprès pour quand le gynécée se réunit. Elle est fermée et même Joséphine, son associée, n’y a pas accès quand elles y sont. Aponi, aidée par le cocktail – certes préparé par Jo mais renfermant des ingrédients imprégnés par la magie de Jaya – , révélée par le plat, amorce sa métamorphose. Elle devient brillante, lumineuse et ressent un bien-être inouï. Son aura prend toute la pièce. Elle entre vite en transe, mais une transe douce, comme méditative.

Tout le savoir magique de celles qui l’ont précédée dans ce petit groupe de femmes magiques est en train de s’inscrire en elle grâce à son animal totem, le jaguar. Celui-ci s’imprime d’ailleurs sur sa peau via un tatouage placé juste derrière l’oreille. Il est quasi invisible et totalement irréalisable pour un humain.

Quand la jeune femme émerge de son extase, elles sont toujours là, penchées sur elle comme autant de marraines autour du berceau d’un nouveau-né. « Comment tu te sens ? Normalement, tu as soif. Ça doit tourner un peu et mais tout va rentrer dans l’ordre. Bienvenue parmi nous, Aponi. Nous sommes heureuses de t’accueillir ». 

Épisode 6

Elles sont toutes là. En tenue de cérémonie. Mariama, Mei et Hildegarde ont rejoint Jaya, Leïla et Raphaëlle pour accueillir la nouvelle venue Aponi. Celle-ci n’est pas effrayée de voir ces visages. Ils ne lui sont pas inconnus, le jaguar y a veillé. Lentement, elle se redresse. Mariama lui tend sa robe de rituel. Ces robes sont magiques donc même si Aponi ne présente absolument pas la même silhouette de celle à qui elle succède, la robe lui va comme un gant.

Encore une brune au sein de ce gynécée où seules la blonde Hildegarde et Raphaëlle la rousse sont les tenantes de la diversité capillaire. Aponi est une jeune femme plutôt petite mais comme ses compagnes, elle est une quintessence des formes féminines avec sa taille marquée, ses hanches et sa poitrine généreuses. Ses yeux et cheveux noirs, coupés en carré long, son teint caramel rappellent ses origines sud-américaines. Elle est aussi la plus jeune. 

Au milieu de la table, et partout dans la pièce, les bougies constituent le seul éclairage pour ce rituel d’intronisation. L’ambiance est douce, chaleureuse et totalement irréelle. Chacune des fées est rejointe par son ange-gardien. Haamiah et Aniel plaisantent derrière Aponi et Hildegarde. « À quelques jours près, nous nous serions retrouvés en fâcheuse situation », rigole Aniel et sa soeur. Les anges-gardiens rejoignent leurs ouailles via la date de naissance et celles des deux fées sont très proches, à cinq jours près.

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Avec Aponi, un pendule peut en cacher un autre. Non ?

Mariama reprend la main pour procéder à la cérémonie. Les fées se concentrent, leurs auras se déploient, créant un cercle couleur d’arc-en-ciel. « Mes chères soeurs, nous sommes à nouveau sept dans ce gynécée. Le chiffre parfait et divin. Approche, Aponi ». Le moment est venu pour la jeune femme de recevoir la suite de son « kit de bienvenue ». Mariama lui remet son talisman : un collier pourvu d’une labradorite à la couleur profonde et mystérieuse, symbole de son pouvoir de créativité et de protection. Aussitôt à son cou, la pierre se met à irradier. Et celles des autres fées lui répondent, ainsi que celles ornant la tiare de Mariama. Car tel est le pouvoir d’Aponi : elle décuple les pouvoirs des pierres. 

Dernière étape et dernier « cadeau » de bienvenue, Mariama lui tend un pendule. Et là, le dernier pouvoir d’Agoni se révèle : le pendule, en argent, se met à briller intensément, au point de changer de couleur.  L’argent devient or, sous les yeux ébahis de tous les participants. En effet, ce pouvoir d’alchimiste n’était pas prévu. Heureusement que les fées ont interdiction de se servir de leurs pouvoirs à des fins matérielles. Une créatrice de bijoux alchimiste mal intentionnée, ce serait trop facile.

Raphaëlle et Leïla échangent un regard, elles pressentent le danger et la convoitise que ce don va déclencher une fois connu dans le petit monde magique de la ville. Et les nouvelles vont si vite… 

Épisode 7

« Ça y est, j’ai trouvé ! », murmure Hildegarde. La jeune femme referme précautionneusement le grimoire des fées dites véritaires. Ce sont celles qui parviennent toujours à obtenir la vérité. Cet ouvrage est très ancien, on ne sait pas le dater. Mais il s’actualise tout seul. Les images, les textes s’ajoutent au fur et à mesure sans que personne n’intervienne. Il s’adapte à la fée qui l’utilise et ce à quoi elle doit faire face. Seule Hildegarde peut le consulter car il est écrit dans une langue qui est transmise par le totem des fées véritaires. Les autres fées ne peuvent même pas le toucher, à vrai dire. À part quand il est fermé. « Il » les autorise juste à le transporter, mais pas à l’ouvrir et encore moins à l’utiliser.

Chaque fée du gynécée est ainsi dotée d’un ou de plusieurs accessoires qui lui est totalement personnel et que personne d’autre, hormis une fée de même nature, et encore, peut manipuler.

« Aponi, connais-tu précisément tes ancêtres et leur histoire ? » « Non, je suis orpheline. On m’a trouvée dans la forêt au Pérou. On m’a d’ailleurs donné mon prénom parce que je jouais avec des papillons quand on m’a trouvée. J’ai été recueillie, j’ai grandi d’abord en institution et mes parents français m’ont adoptée. » « On ne t’a pas trouvée quand tu étais un nourrisson alors ? » « Non, j’avais quelques mois, pas loin d’un an d’après les estimations. Pourquoi ? »

« Hildegarde ? Regarde son tatouage, interrompt Leïla. Je n’ai jamais vu ça. Le jaguar est accompagné d’un tout petit papillon. Il est magnifique d’ailleurs. Ça, c’est du travail surnaturel, pour le coup ! » Hildegarde sourit. Et fait enfin part du fruit de ses recherches : « Aponi est une descendante directe de Viracocha, le dieu des dieux incas. Elle est fille de Mama Quilla, la déesse de la Lune, mère des Incas, et d’Inti, dieu du soleil. Son don d’alchimie vient de là. Il ne s’incarne que très rarement, lorsque les planètes et constellations sont dans une configuration très particulière. Et toujours chez une fée. » « Han, on a une rock-star dans le gynécée alors, rigole Raphaëlle. Cela dit, il va falloir que nous soyons très unies, plus encore que d’habitude parce que… »

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Une menace plane sur le gynécée des Mystérieuses de Paris. Laquelle ?
Crédit photo : Savvapanf Photo.

La jeune femme se tait. Elles sont bouche bée, toutes les sept. Car il y a soudain huit personnes dans la pièce. Enfin, huit personnes et un animal. Le jaguar noir est là, et sa maîtresse avec lui. La puissance qui se dégage de l’animal n’a d’égal que sa grande douceur. Quel étrange mélange. Quant à sa maîtresse, toute d’argent vêtue, elle est d’une beauté irréelle. Totalement et indiscutablement divine. « Ma fille, te voilà enfin au milieu de tes soeurs, dit-elle d’une voix profonde, grave et chaleureuse. J’ai choisi votre gynécée pour une raison très précise. Vous sept représentez le cercle parfait. Vous tirez vos origines et vos pouvoirs de sources tellement différentes. De fait, vous vous complétez idéalement. » La déesse Mama Quilla, car c’est bien d’elle dont il s’agit, contemple les sept jeunes femmes, cherchant le regard de chacune d’entre elles.

Puis elle se tourne vers Mariama. « À toi de mener le combat avec tes soeurs. Le pouvoir d’alchimie est précieux, convoité. Celle qui le porte est vulnérable. Je vous la confie. Protégez-la. Il faut qu’elle mène sa mission à bien. » « Quelle mission, Mère ? » « Nous l’ignorons. L’alignement est là, ce n’est pas un hasard. Mais la mission est différente à chaque fois. Il vous faudra redoubler de vigilance. Nous serons à vos côtés. À bientôt, mon enfant. » Son sourire s’évanouit, mais elles découvrirent une lune en or, à l’endroit même où elle se tenait. Celle-ci se divise en sept pendentifs, qu’elles rajoutent à leurs talismans. Les pierres et le pendentif fusionnent immédiatement. Les sept fées vont rapidement découvrir à quel point ce bijou est extraordinaire.

À suivre

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